Dans une planche d'Idées noires, Franquin montre une foule compacte, joyeuse et bruyante, qui avance en se poussant les uns les autres, portée par l’enthousiasme collectif ; les cris d’encouragement se mêlent aux injonctions contradictoires, personne ne regarde vraiment devant, et l’on découvre soudain qu’ils progressent droit vers un précipice, d’où ils tombent en cascade, les suivants continuant pourtant à pousser comme si de rien n’était — une image à la fois absurde et cruellement lucide du suivisme.
Avec mon rôle de développeur logiciel, j’ai parfois l’impression de faire partie de cette foule. D’une part, coder avec un agent est devenu une obligation professionnelle, sinon c’est la porte ouverte vers la reconversion. D’autre part, la tentation d’aller plus vite, de produire davantage, est bien sûr alléchante. Pourtant, on ne sait pas encore quel sera le prix à payer de ces bouleversements. Il sera environnemental, social, sociétal, et peut-être financier.
Un article de Paul Ford, dans le New York Times, n’a cessé d’apparaître dans mes flux RSS et tourne autour du même paradoxe :
All of the people I love hate this stuff, and all the people I hate love it. And yet, likely because of the same personality flaws that drew me to technology in the first place, I am annoyingly excited.
L’article complet est recommandé, mais c’est cette citation qui a été le plus reprise (par Daring Fireball et Kottke notamment).
Donc allons-y, mais allons-y mollo. Avec raison et modération. Ça ressemble à un open bar, mais attention à la gueule de bois.
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